Guillaume Abdi / Let me introduce myself >13 oct - 12 nov 2006

"Guillaume Abdi est peintre. Et sculpteur. Comme les grands maîtres..."
Certes. Alain Delon n'aurait pas dit mieux... Seulement, Guillaume Abdi est aussi - de son propre aveu, comme s'il y avait eu crime - un imposteur. Ni plus ni moins que tout autre...Un individu au de-dans duquel tout bouillonne, tout vacille même parfois, jusqu'à l'identité... Et qui contient, comme le disait Pascal, l'humanité tout entière.
Siégeant toujours dans la sphère du "cheap" et du factice (comme lors de sa dernière exposition où les utopies politiques et les idéologies collectives de la modernité étaient en quelque sorte "singés" pour ne devenir que scotch dégoulinant et sculptures (structures) précaires), Guillaume Abdi récidive son travail de sape, comme s'il fallait - à tout prix - se débarrasser de certains"boulets" idéologiques pour mieux avancer dans ce monde instable.
Alors "il y retourne", comme on dirait d'un gosse en plein jeu au milieu du chaos, se délectant des restes, matière première de son amusement...
Deux caissons lumineux dégoulinants de scotch se font écho (sur l'un le mot UTOPIA, sur l'autre la figure de Marianne). Une colombe de la paix en pleine déliquescence les regarde, impuissante. Quant à Marianne, elle semble vouloir renaître de ses cendres, crachant un arc en ciel de couleurs...
Guillaume Abdi nous montre donc à quel point il est disposé à jouer, et à quel point le jeu, dans sa théâtralité, est possibilité en soi. Il joue avec le cube blanc minimaliste, en nous le montrant sujet à quelques fuites chromatiques... Encore lorsqu'il nous propose une installation où un groupe de rock est remplacé par les cartons de ses instruments. Guitare, basse, batterie. Structure classique d'un "Rock band". Ici, la pièce s'intitule "SILENT BAND!", en majuscules, s'il vous plait... Et encore, lorsqu'il reprend un fait divers national (l'histoire d'omar raddad) pour le transformer en geste artistique. En wall painting, au vin rouge et au sang, cette phrase : Dionysos m'a tuer. Efficace...
D'autres volumes, sur les mêmes ressorts critiques, utilisent les codes de la culture urbaine, croisés à ceux de l'histoire de l'art, et semblent nous renvoyer ipso facto à notre finitude et à notre si actuelle condition d'homo-oeconomicus. "Le tout avec le sourire", comme le montre cette vanité affublée d'un pin's 'smiley'...
Jeune artiste de 31 ans, Guillaume Abdi est passé par les beaux arts de Lyon ainsi que par la Villa Saint Clair de Sète, après avoir été diplômé en psychologie sociale. Ces expériences et ces identités plurielles successives sont sans doute à l'origine de son travail sur les plaques professionelles que l'on trouve au devant des cabinets dentaires, médicaux, juridiques...
Ici, dans cette exposition, ces plaques sont factices ; elles sont faites de bois pyrogravé puis verni, érigeant alors Guillaume Abdi en avocat, puis en psychanalyste, puis en pédiatre, etc...Comme si tout ci tout n'était que du vent, un simple système de codes sociaux, une vaste farce collective. ..On pense alors à Christophe Roquancourt, ou encore au héros de Steven Spielberg, se jouant de tous par ses identités multiples.
Et si, en se déclarant de lui-même imposteur, Guillaume Abdi ne cherchait pas, pour le coup, à se jouer de nous et à nous faire oublier que sous les formes qu'il nous montre à voir, est aussi dissimulé un propos qui fait sens avec l'humour qu'il nous propose : cinglant, et loin d'être innocent...